Dérèglement climatique, impact planétaire des activités humaines, biodiversité menacée, catastrophes écologiques, apocalypse annoncée : autant de sujets massivement entrés dans le champ littéraire depuis quelques décennies. Ces nouveaux sujets donnent lieu à de nouveaux discours et à de nouvelles topiques qui engagent le rapport entre réel et fiction et questionnent aussi bien nos représentations sociales, économiques et politiques que l’articulation nature/culture et le rapport de l’homme aux autres espèces vivantes.

L’écocritique — « application de l’écologie et de concepts écologiques à l’étude de la littérature » (Rueckert, 1978) — est une discipline apparue aux USA au début des années 1990 qui se propose d’analyser des textes dans lesquels la nature, l’environnement, les animaux, le posthumanisme ou l’apocalypse ne sont pas seulement des décors ou des prétextes mais les fondements mêmes du récit et de ses enjeux.

Que cette étude soit désignée sous le nom d’écocritique, de green studies ou d’écopoétique, elle se donne pour double objet d’interroger un faire littéraire (poiein) ou un discours (logos) sur notre « maison » (oikos) et de sortir l’analyse critique des limites des littératures nationales comme des genres et des disciplines : les textes écopoétiques répondent à des enjeux universels. L’objet de ce cours est de proposer une histoire de ce courant critique et de ses textes fondateurs, afin d’étudier en quelle mesure une telle approche critique, transnationale, transdisciplinaire et transmédiatique, enrichit notre analyse de textes de fiction en tant que producteurs de mondes.

Le séminaire s'organisera en trois temps, qui dessineront comme une boucle sur le plan chronologique :

- un préambule sera constitué par le cours de Lise Wajeman, ancienne co-responsable du séminaire. Il servira de cours d’introduction : il traitera de l’émergence du paysage en peinture puis retracera les principales étapes de l’histoire du genre jusqu’à l’aube du romantisme.

- une première partie, présentée par Michel Bertrand, portera sur les aléas du paysage soumis à la fureur de l'action humaine aux XXème et XXIème siècle. L'approche procédera en trois temps. Elle abordera d'abord les représentations du paysage victime de la guerre, en procédant à une analyse des descriptions que contiennent les romans de guerre et des évocations figurées par les images de la guerre (tableaux, photographies, images...) qui traitent du premier conflit mondial. Puis, elle se consacrera aux transformations du paysage dictées par le progrès, la "civilisation" et le mieux-être des hommes à travers l'étude principalement du remodelage des paysages sur les continents africain et américain opéré ces cinquante dernières années. Enfin, elle s'intéressera au mouvement artistique du land art. En effet, parce qu’il inscrit l’éphémère du temps dans la stabilité de l’espace, le land art est une parfaite métaphore du temps qui passe, de la marque de l’humain sur le paysage, de sa dégradation, de sa dissolution, de sa disparition… Et il démontre que le lieu lui-même se transforme, au fil des saisons, selon les caprices des intempéries, sous le filtre des couleurs du jour et de la nuit. Cette exploration du paysage nous conduira à nous interroger : est-ce que le paysage détient au regard de l'artiste une autonomie ou n'est-il qu'une métaphore de l'humain, qui lui aussi est par nature soumis aux effets du temps et de l'histoire ?
- une seconde partie, présentée par Grégoire Tavernier, proposera un coup de projecteur sur le paysage, littéraire et pictural, au XIXe siècle. On verra comment ce siècle constitue une période charnière, qui bouscule et révolutionne le paysage et ses représentations, sous la triple influence notamment de la démographie, de l’urbanisation et de l’industrialisation ; l’ère thermo-industrielle invite à se questionner sur l’appréciation de ces nouveaux « étalements humains » dans le paysage, sur la naissance de la « ville noire » et des « villes énormes », sur les charmes ou les troubles que les écrivains et artistes leur prêtent. Des anti-modernes, fulminant contre l’impérialisme bourgeois et l’enlaidissement systématique du paysage qu’il entraîne au XIXe siècle, aux poètes visionnaires, fascinés par le potentiel esthétique du gigantisme et du grouillant humain, tout un faisceau de positions, et de techniques esthétiques, s’organise dans et par la représentation paysagère.
une partie, présentée par Lise Wajeman, portera sur les inventions et
réinventions du paysage: nous y verrons comment le paysage naît dans la
peinture européenne, autrement dit comment émerge la perception
esthétique d'un environnement réaliste. Nous ferons donc une brève
histoire du paysage, de son absence, de l'Antiquité au Moyen-âge, puis
de son expansion, de la Renaissance au Romantisme. Mais le paysage n'est
pas seulement l'histoire d'un regard qui construit un espace, c'est
aussi l'histoire d'un territoire qui informe un regard. C'est ce que
nous observerons pour finir : comment, au XIXe siècle, les
transformations du paysage liées à l’industrialisation affectent la
perception de la beauté qu’ont des peintres et poètes, qui en viennent à
trouver des qualités esthétiques à la pollution.

- Une autre partie, présentée par Michel Bertrand, portera sur les aléas
du paysage soumis à la fureur de l'action humaine aux XXème et XXIème
siècle. L'approche procédera en trois temps. Elle abordera d'abord les
représentations du paysage victime de la guerre, en procédant à une
analyse des descriptions que contiennent les romans de guerre et des
évocations figurées par les images de la guerre (tableaux,
photographies, images...) qui traitent du premier conflit mondial. Puis,
elle se consacrera aux transformations du paysage dictées par le
progrès, la "civilisation" et le mieux-être des hommes à travers l'étude
principalement du remodelage des paysages sur les continents africain
et américain opéré ces cinquante dernières années. Enfin, elle
s'intéressera au mouvement artistique du land art. En effet, parce
qu’il inscrit l’éphémère du temps dans la stabilité de l’espace, le land
art est une parfaite métaphore du temps qui passe, de la marque de
l’humain sur le paysage, de sa dégradation, de sa dissolution, de sa
disparition… Et il démontre que le lieu lui-même se transforme, au fil
des saisons, selon les caprices des intempéries, sous le filtre des
couleurs du jour et de la nuit. Cette exploration du paysage nous
conduira à nous interroger : est-ce que le paysage détient au regard de
l'artiste une autonomie ou n'est-il qu'une métaphore de l'humain, qui
lui aussi est par nature soumis aux effets du temps et de l'histoire ?