Anthropologie

HANBU06 ETH8U08

Anthropologie de la Guerre

M1, PT1, PT4

2018-2019

 Fabio Viti

 Programme du cours

 Le cours sera consacré au phénomène universel de la guerre. Qu’elle ait pu la pratiquer activement ou simplement la subir, aucune société, à un moment ou à un autre de son histoire, ne semble avoir échappé à la guerre ni à la réflexion la concernant : quelles sont les conditions « légitimes » d’exercer la guerre, quels en sont les moyens et les finalités, quelle guerre est « juste ».

Cela posé, il faudra d’abord définir le phénomène de la guerre, en établir les contours, préciser quel est l’apport spécifique de l’anthropologie dans ce domaine. L’anthropologie a pour vocation originaire et spécifique de consacrer son attention principalement aux sociétés morphologiquement « simples », sans s’interdire l’analyse rapprochée d’autres formations sociales « complexes ». « Penser » la guerre est une tâche propre à toutes les sciences humaines et sociales. Chacune à sa manière, l’histoire, la science politique, le droit, la sociologie, la psychologie, la philosophie ont pensé la guerre. L’anthropologie le fait avec son outil principal, l’ethnographie, l’approche directe sur le terrain, sur le vif, par l’observation ou à travers toute sorte de source documentaire. Une ethnographie de la guerre pose toutefois des problèmes spécifiques de positionnement, au sens propre et figuré, qu’il faudra aborder.

Une analyse anthropologique de la guerre s’adresse tout d’abord au rapport entre guerre et pouvoir, aux différentes formes de guerre (guerre conventionnelle, « petite guerre » ou « guérilla », guerre civile, guerre asymétrique, guerre coloniale), mises en relation avec la forme politique des sociétés impliquées. L’anthropologie consacre son attention spécifique aux aspects humains de la guerre, à ses moyens matériels et à ses formes rituelles. Une description ethnographique de la guerre suppose l’attention au combat, aux pratiques, aux armes, aux lieux, aux hommes et aux femmes qui font (ou ne font pas) la guerre. Car la guerre « se fait ». L’approche ethnographique et anthropologique concerne en premier lieu les modalités concrètes, matérielles (mais aussi immatérielles : magie, rituel) du déroulement du combat (l’« art de la guerre »). La figure du guerrier émerge ainsi comme singularité, crainte et respectée, placée à la limite du social, à la fois dangereuse et protectrice, dotée d’un pouvoir non commun, d’une force propre, construite et entretenue par toute sorte de moyens : connaissances matérielles, « mystiques », initiatiques, entrainement, endurance, courage, vertu.

Malgré le recours aux qualités spéciales du guerrier, la guerre n’a rien de spontané, d’instinctif ou d’irrationnel ; elle est au contraire planification et organisation, tactique et prudence, calcul et occasion. La guerre fait appel à l’ensemble des ressources – humaines, matérielles, intellectuelles – de la société concernée. Tout en ne se réduisant pas à un pur exercice de violence armée, la guerre met en jeu la mort, donnée et reçue. Elle mobilise des catégories éthiques et juridiques aussi bien que politiques, concernant à la fois l’opportunité de mener une guerre, son caractère juste, sa légitimité, ses implications, ses conséquences sur l’ensemble de la société, tout comme les moyens d’éviter ou de « conjurer » la guerre, d’établir des alliances, de fixer des trêves et de rétablir une paix durable.

L’attention anthropologique se consacre tout particulièrement à la « guerre des hommes », en opposition à la « guerre mécanique » moderne. Un clivage net s’établit en effet entre les guerres dites « primitives », conduites sans moyens mécaniques (de transport, de communication à distance et d’armement) et la guerre technologique, les guerres coloniales se caractérisant précisément par cette asymétrie et cette disparité des moyens disponibles.

La guerre dans les sociétés africaines et amérindiennes sera tout spécialement abordée, de manière comparative et à travers des cas ethnographiques singuliers.

La modalité de contrôle des connaissances (MCC) adoptée est celle du contrôle continu intégral (CCI) : chaque étudiant devra obligatoirement rédiger deux notes de lecture à partir d’articles de revue, d’ouvrages ou de chapitres d’ouvrages. Un examen final sur table viendra compléter les trois notes requises.

La note de lecture (33% de la note finale) n’est pas un simple résumé ; il n’est pas non plus demandé à l’étudiant d’en savoir plus que ce qui est écrit dans les textes examinés. À partir d’une lecture approfondie, il faut s’approprier le sujet et l’exposer de manière synthétique, efficace et éventuellement critique. Un regard attentif devra être porté à la méthode de travail de l’auteur et aux caractéristiques du produit final (résultat d’une recherche de terrain, revue de synthèse, proposition théorique, etc.). Chaque note de lecture, rédigée à l’ordinateur et imprimée, ne devra pas dépasser les 8.000 caractères (espaces inclus) ; une attention particulière devra être consacrée à la forme du texte rendu (orthographe et syntaxe) et à sa mise en page (données bibliographiques complètes des textes analysés ; justification et numération des pages ; éventuelles notes et indications bibliographiques ; signature de l’auteur). La note de lecture fera aussi l’objet d’une présentation orale et d’une discussion collective.

L’examen final (épreuve sur table, 3 heures, 33% de la note finale) portera sur un sujet traité pendant le cours.

 

Bibliographie de référence *

Audoin-Rouzeau Stéphane, Combattre. Une anthropologie historique de la guerre moderne (XIXe-XXIe siècle), Paris, Seuil, 2008.

Bazin Jean, Terray Emmanuel, dir., Guerres de lignages et guerres d’Etats en Afrique, Paris, Editions des archives contemporaines, 1982.

Chagnon Napoleon A., Yanomamö. The Fierce People, New York, Holt, Rinehart and Winston, 1968.

Clastres Pierre, Recherches d’anthropologie politique, Paris, Seuil, 1980.

Davie Maurice R., La Guerre dans les sociétés primitives. Son rôle et son évolution, traduit de l’anglais, Paris, Payot, 1931 [1929].

Viti Fabio, dir., Guerra e violenza in Africa Occidentale, Milano, Franco Angeli, 2014.

 * D’autres indications bibliographies seront fournies pendant le cours.

 

Ce cours est une introduction au questions à la fois méthodologiques, épistémologiques et éthiques posées par la pratique de l'enquête en anthropologie de la santé. Quelles approches sont privilégiées par les anthropologues sur les terrains de la santé? Quels sont les liens avec les approches quantitatives existant dans ce champ et les usages comparés de notions et concepts qui n'ont pas les mêmes définitions pour l'anthropologie et la santé publique? Que recouvre la distinction entre une anthropologie "de" la santé publique et "dans" la santé publique? Quelles discussions au sujet de la posture de l'anthropologue et de l'éthique de la recherche caractérisent ce domaine de l'anthropologie? Sous la responsabilité de Sandrine Musso, il sera animé par des chercheur.e.s en anthropologie, sociologie et histoire (IRD, CNRS, EHESS) ayant conduit des enquêtes de terrain et travaux sur les objets de la santé.
4 au 7 décembre 2018.

Ce cours propose un panorama de notions clefs autour de l’épistémologie des sciences et plus spécifiquement de l’anthropologie : épistémologie générale, de l’anthropologie, et de l’ethnographie.

Cours magistral, deux séances seront consacrées à des débats scientifiques avec la participation de collègues Enseignant-Chercheur ou Chercheur.

Le Mémoire de recherche bibliographique consiste à établir un « état de la question » à partir de la consultation des travaux de référence sur un thème choisis en accord avec le directeur de recherche.

Rédaction et soutenance d'un mémoire de recherche présentant des analyses originales de matériaux recueillis au cours de l’enquête de terrain et en relation avec le mémoire de recherche 1 rédigé au préalable sur le même sujet à partir des sources bibliographiques.

Présentation du champ de l’anthropologie réflexive en vue de la rédaction d’un rapport présentant une réflexion originale sur l’enquête de terrain conduite par l’étudiant durant le semestre (positionnement de l’ethnographe et production des données lors de l’enquête).