Lettres
Littératures francophones contemporaines, « Histoire collective et récit de soi : sortir de la violence », le lundi de 9 h à 12 h, Stéphane Baquey :

L’histoire collective apporte aux individus des éléments à partir desquels construire une identité. L’histoire racontée relie, dans le présent de sa formulation, un avenir à un passé. Elle permet de se reconnaître dans une société. Cette histoire est toujours plurielle et relationnelle. Elle est traversée de tensions, surtout lorsqu’elle est caractérisée par la violence. Il en est ainsi pour l’Algérienne Assia Djebar, dans son rapport à la conquête coloniale française de l’Algérie, pour Edmond Jabès, né juif égyptien, dans son rapport au génocide des juifs d’Europe, pour Wajdi Mouawad, né au Liban, quand il représente les conflits du Proche-Orient. Le récit de soi invente dès lors, dans un acte énonciatif, une écriture où l’identité narrative ne s’expose jamais par un simple récit. La pluralité des voix, la non-linéarité chronologique, l’éclatement générique, sont autant de manières de représenter une tentative de se dire.

Corpus :
Assia Djebar, L’Amour, la fantasia [1985], Paris, Le Livre de Poche, 1995.
Edmond Jabès, Le Livre de Yukel [1964], dans Le Livre des Questions, Paris, Gallimard, « L’Imaginaire », 1988, p. 198-342.
Wajdi Mouawad, Tous des oiseaux, Arles, Actes Sud – Papier, 2018.

Etudes critiques :
Judith Butler, Le Récit de soi [2005], trad. Bruno Ambroise, Paris, PUF, 2007.
Dominique Combe, Littératures francophones, PUF, 2019.
Paul Ricœur, Temps et récit. 3. Le temps raconté [1985], Paris, Seuil, « Points », 1991.
Amartya Sen, Identité et violence [2006], Odile Jacob, 2007.